Critiques Presse

Ouest France 2007

 

 

« Opéra Gloria » : comme un typhon

 

 

Parmi « les histories », les drames historiques, de Shakespeare c’est « Richard III » qui a suscité le plus grand nombre de mises en scène ces dernières décennies. La compagnie du Globe, calvadosienne, à son tour, en a proposé une véritable dérivation : « Opéra Gloria » à Puzzle, jeudi et vendredi derniers.

Fumigène d’entrée, tulle devant la scène, personnage et mannequin au teint cireux : un monde onirique, celui de la dernière nuit de Richard avant sa défaite. Un univers introspectif et rétrospectif qui va tourbillonner sur scène avec « la conscience » du héros qui va se séparer de son corps sous forme d’une danseuse. La pièce se confond avec la constitution des personnages, leur préparation, leur évolution en deçà de toute chronologie. D’abord sur les airs du « Lady Macbeth » de Chostakovitch, Richard et Buckingham de noir vêtus affrontent sur tous les modes les autres protagonistes en toge ou robe blanche, dans une ambiance fellinienne tant il y a similitude avec l’ère néronienne. Les tenants et aboutissants du drame sont évoqués sous les formes les plus délirantes. Un assaut commun de gourmandise alterne avec le viol de Buckingham par la reine. Les bains de tête répétés dans une bassine (de larmes… ?) ponctuent les échanges érotiques. Cet écroulement du discours pour laisser place aux désirs qui ne va pas sans rappeler Bunuel dénude la personnalité du héros comme dans cette assertion : « Je n’ai pas tué ton mari, c’est ta beauté obsédante qui en est la cause ». Cette (psch) analyse fictive du héros s’autorise les formes les moins intimes : interview télé, emploi du mégaphone. Sur la musique des Sex pistols Richard vient ensuite se raconter guitare électrique à la main. Le genre de spectacle que l’on rejette ou que l’on intègre, en bloc. Nous y avons totalement adhéré autant pour l’interprétation que pour son souffle. Et puis quand ce théâtre de la dévastation a effectivement dévasté le théâtre (du moins la scène…) Richard amorce un dernier monologue, sur un rythme galopant. Ouf ! Tout y est, même le fameux cheval.

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 28/10/2007

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