Un théâtre de la dévastation : Dans « Desdemone », les humains sont coupés du cosmos, abandonnés des dieux. Le monde n'est plus ici qu'une île (Chypre) où l’on tourne en rond… Othello sécrète en lui-même un « anti-Othello » dont le refoulement l'épuise. À son instar, Desdemone recèle un « démon », en évidence dans le prénom. Elle joue plus qu’elle ne vit. Joue la femme-enfant étouffée et insoumise. Joue la justicière venant au secours de Cassio. Joue de sa séduction auprès de son époux, au point de lui devenir suspecte. Un texte, des corps, des actions qui, au-delà de l’intrigue, nous invite à nous interroger sur la notion de couple, sur la dépendance à l’autre et à nos propres projections et fantasmes, sur le manque de clairvoyance auquel peut amener le propre aveuglement de chacun, qu’il s’agisse d’une jalousie irraisonnée comme celle d’Othello ou d’une idéalisation sans discernement comme celle de Desdémone. Après « La dernière nuit de Richard III » la même envie d’une expédition dans les arcanes du texte d’ « Othello ». Une expédition, là aussi ravageuse qui nous ramène à la quintessence de l’œuvre. Creuser l’œuvre, comme on dit creuser une question, lui donne du relief… Monter Othello uniquement avec ses deux personnages principaux Othello et Desdemone… écarter les autres personnages… Des soustractions qui n’empêchent pas une exposition contrastée des choses… Simplement ce qui saute aux yeux et prend du relief n’est plus ce qui est attendu et prévisible. Cette économie agit comme un révélateur et le jeu des acteurs travaille, à l’unissons, à révéler l’œuvre dans ce qu’elle peut avoir de secret bien gardé. Continuer le travail sur des codes expressifs inhabituels, comme l’intervention radicale sur le texte et sa décomposition en plusieurs plan, l’usage de la totalité des éléments scénique du son jusqu’aux lumières, la fragmentation parfois de la diction, les cassures, la destruction du concept de la scénographie, le contre-point contradictoire d’une bande sonore envahissante, les mouvements excessifs, provocateurs et répétés… Bref, travailler sur l’espace mentale des personnages pour tenter de comprendre et d’ouvrir quelques tiroirs de nos inconscients. Décrire un monde absurde qui met l’homme dans des situations qui le dépassent. La scène comme un espace d’égarement où se joue la folie des hommes.
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